Faire disjoncter son parent – Stratégie de survie de la perfection
[Il y a une longue introduction au sujet pour comprendre comment j’en suis arrivée à l’apprentissage que je décris dans ce post, si tu veux aller directement dans le vif du sujet, tu peux aller lire à partir de 👉. Avant, je raconte littéralement ma vie, mais le niveau de transparence dans lequel je vais là est suffisamment rare pour être souligné ^^ ]
Je m’intéresse beaucoup aux fonctionnements humains. Qu’est-ce qui fait qu’on agit comme on agit ? Qu’on pense ce qu’on pense ? Qu’on dit ce qu’on dit ? Que quand machin dit ça untel réagit comme ça ? Alors que ce serait quelqu’un d’autre qu’il l’aurait dit, la réaction aurait été totalement différente ? Cet intérêt est pratiquement une obsession chez moi, j’ai une grande curiosité pour comprendre ce qui se joue sur Terre et comment les humains en sont arrivés là aujourd’hui, en regardant par le prisme de l’inconscient et ce qui nous meut.
Bref…
Je suis une personne hypersensible, mais je l’ai découvert assez tardivement. Je peux me mettre à la place de n’importe qui, sauf que je ne m’en rend pas forcément compte parce que ça se fait tout seul. Je ressens les états des gens comme si c’étaient les miens. Aujourd’hui, je sais que ce ne sont pas les miens ces états, par contre ça génère un autre état chez moi, par voie de conséquence… qui celui-ci m’appartient, et des fois c’est ça qui est dur à “gérer”.
Pourquoi je raconte ça ? Parce que cette capacité a eu un impact considérable sur ma manière de me construire en tant qu’enfant, et donc de relationner avec le monde.
Ma stratégie de survie, ça a été de ne surtout pas faire de vagues, et de chercher à être parfaite, c’est à dire conforme à ce qu’on attend de moi. Pour ne rien créer de négatif chez l’autre.
Mais, j’imagine que je ne t’apprends rien en te disant que cette stratégie (comme aucune autre d’ailleurs) n’aide absolument pas à être heureux dans sa vie puisqu’elle nous fait s’éloigner de ses propres élans naturels. Donc au bout d’un moment, on n’incarne absolument pas qui on est, mais plutôt une image qui ne ressemble à rien car c’est de la fausse perfection figée qui vient de plein d’attentes extérieures, qui en plus se contredisent les unes les autres.
Alors j’ai commencé à m’intéresser à comment je fonctionnais, pour voir ce qui clochait chez moi (😄).
Et un jour un coach m’a dit “tu ne supportes pas la connerie des autres car tu ne supportes pas ta propre connerie”.
Ça résume extrêmement bien ma situation. Pour moi c’était une évidence et quelque part il enfonçait une porte déjà ouverte. Parce que je le savais. Le savoir, être conscient de la chose, c’est déjà un premier pas. Mais ensuite, qu’est-ce que je fais avec ça ? Ça ne débloque pas tout d’un coup (en tout cas pour ce sujet chez moi).
Alors pourquoi je ne supporte pas ma propre connerie ? On pourrait s’en foutre de cette question mais elle a beaucoup de conséquence sur ma propre vie : j’ai une peur bleue de l’échec et donc de l’expérimentation. Si j’échoue, je culpabilise pendant je ne sais pas combien de temps derrière. Et je n’ose très souvent pas dire ce que je pense parce que j’ai peur que ça génère quelque chose de désagréable chez l’autre, donc je vais culpabiliser d’avoir dit ce que j’ai dit, et je vais même remettre en question ce que je pense mais aussi et surtout ce que je suis (si toi aussi t’as ton estime de soi dans les chaussettes : lève la main).
Ce qui fait que je n’ose pas vivre, je n’ose pas parler, je n’ose pas expérimenter, je n’ose pas créer, mais quand je le fais quand même, c’est à grand coup de lattes contre mon système de survie… c’est très fatigant et parfois contre-productif au final. Parce que oui, bien évidemment j’ai quand même fait des choses, dit des trucs, créé, expérimenté, me suis trompé… dans ma vie. Mais je ne m’en remets pas… ou pas facilement.
Pourquoi ? Parce que les stratégies de survie sont encore bien en place (En tout cas certaines… parce que soyons un peu honnêtes, j’ai déjà bien déblayé le terrain, le tableau est quand même plutôt agréable aujourd’hui… mais apparemment c’est pas fini…)
En gros, ce que je décris au-dessus c’est le terreau de fond avec lequel j’ai grandi et avec lequel j’ai vécu la première partie de ma vie d’adulte.
Et aujourd’hui, j’ai eu envie d’aller voir ce qu’il y avait à la racine de cette stratégie de survie : celle de la perfection, pour la résumer comme ça.
Et voici l’explication très logique qui m’est venue :
👉 Un enfant est une force de vie incroyable. Une force de vie incroyable est par définition incontrôlable en tant que telle.
Face à cette force de vie, un parent – qui lui a appris toute sa vie à se contrôler – est très rapidement complètement dépassé : pour lui ce que font naturellement les enfants est complètement inconcevable. Ça ne lui viendrait jamais à l’idée de faire ça, n’est-ce pas ?
Alors il va dire de ne pas faire ça, une première fois, puis une deuxième, hausser la voix, etc… mais devant la force de vie incroyable, souvent ça ne suffit pas.
C’est là que le parent peut se retrouver face à un très fort sentiment d’impuissance car il ne peut pas contrôler la force de vie comme la sienne est contrôlée. Alors là, impuissance + incompréhension = son mental peut être à deux doigts de disjoncter…
Oui, de disjoncter… de péter les plombs…
C’est là qu’un enfant hypersensible ressent ce que son comportement – tout à fait normal d’enfant – a généré chez son parent : la terrible impuissance face à la force de vie et la souffrance de la non-compréhension de “pourquoi le contrôle ne marche pas sur lui comme sur moi ?” ainsi que le bug de son système…
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Là on va faire une pause dans la scène pour résumer ce qu’il se passe dans l’interaction qui était au départ probablement plutôt banale :
- Le Parent : il est à deux doigts de disjoncter, donc de perdre la stabilité de sa structure mentale… donc sa santé mentale en fait. Puisque sa structure était construite avec le contrôle comme repère (pour faire court). Et là, la totale inefficacité de la tentative de contrôle vient ébranler tout ce qu’il est, ce avec quoi il s’est construit.
- L’Enfant : il est terrifié à l’idée que son parent disjoncte, parce que ça voudrait dire qu’il n’y a plus personne pour répondre à ses besoins matériels et affectifs, etc. Il perdrait tout son monde… De plus, il se rend compte du pouvoir qu’il peut avoir sur l’autre (qui peut être destructeur), et il en prend peur… Il y a de quoi puisqu’il peut détruire tout son monde, juste en étant lui-même et en laissant exprimer sa force de vie intérieure.
Vous vous rendez compte comme une simple interaction parent / enfant qui dérape peut avec des racines et des conséquences très profondes ?
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On reprend :
C’est là que le système de survie se met en marche, à la fois chez le parent et chez l’enfant… parce que le système de survie par définition est là pour s’assurer que tout le monde reste en vie dans des conditions à peu près correctes (oui oui, notre condition actuelle, même si elle ne nous convient pas, reste la moins pire de ce que nous aurions pu connaître).
Donc il se met en marche :
- Chez le parent pour l’empêcher de disjoncter. Ça peut ressembler à plusieurs choses :
- une force d’autorité décuplée qui peut aller jusqu’à faire appel à la violence dans certains cas, pour effrayer l’enfant et stopper net son élan de force de vie.
- la fuite ou l’évitement : même si les deux restent là, le parent passe à autre chose et n’est plus vraiment présent à ce qu’il se passe chez l’enfant / chez lui et dans l’interaction.
- Chez l’enfant pour l’empêcher de se retrouver face à la terreur des conséquences dévastatrices que sa force de vie peut avoir (dans un monde où la norme c’est que le vivant soit castré). Alors il sera inhibé pour ne plus faire des choses qui peuvent déclencher des émotions fortes chez l’autre et surtout qui peuvent le faire disjoncter. Il va devenir exactement conforme à ce qu’on attend de lui, ou encore comme on appelle ça devenir un “people pleaser”. Parce que clairement, pouvoir faire disjoncter son parent en étant simplement soi-même et en faisant un truc “normal” d’enfant, ça ne doit plus se reproduire. Donc l’enfant devient sage, tranquille et malléable. Pour sa survie.
Voilà où je veux en venir avec mon post : pour les hypersensibles, les “people pleaser”, les gens qui ont longtemps cherché à être parfait et à répondre aux attentes des autres, à se plier en quatre pour faire plaisir, pour être aimé en fait… Pourquoi vous êtes comme ça ?
Vous pensiez que c’était uniquement pour être aimé ? Oui en partie mais pas totalement…
Parce qu’un jour vous avez ressenti l’effet qu’a eu votre force de vie d’enfant sur votre parent : vous avez failli le faire disjoncter… votre propre pouvoir aurait pu le faire disjoncter et donc annihiler votre monde !
Parce qu’en tant qu’enfant nous ressentons ça, même si nous n’avons pas la maturité pour pouvoir le comprendre réellement. C’est l’adulte en nous qui peut comprendre ça à posteriori. Mais chez l’enfant ça doit générer une réelle terreur d’être soi, dans la pleine expression de son vivant !!!
Devenir malléable pour être conforme à ce qu’on attend de nous n’est pas uniquement pour éviter l’autorité abusive, les menaces, les punitions ou les coups (cela aussi laisse nécessairement des traces d’humiliation ou autre blessure, mais ce n’est pas forcément la racine !). Il y a également quelque chose de plus profond derrière ça : la terreur du vivant et de son propre pouvoir. Et très probablement la terreur de voir la faiblesse de la structure mentale humaine en général, et donc celle de la personne qui a en charge notre propre survie… vraiment, sérieusement, ça doit être complètement terrifiant quand on y pense…
😱
Enfin, une fois tout ça dit, j’ai envie de terminer sur :
Pourquoi ça existe d’être hypersensible (lol)?
Parce que c’est la voie de la compassion.
Quand tu te rends compte que celui qui t’a fait souffrir l’a fait parce que :
- C’était la meilleure stratégie de survie pour lui
- Il ne savait pas ce qu’il faisait au moment où il le faisait (mécanisme automatique)
- Il a lui-même son fardeau à porter, qui est peut-être bien plus lourd que le tien finalement, ou alors il le porte depuis bien plus longtemps donc bon, à la longue, c’est usant…
Quand tu ressens ça, ce que ça fait de porter le fardeau de l’autre (pas juste le comprendre mentalement), tu ne peux plus lui en vouloir. Et ton fardeau à toi se dissout alors.
Les hypersensibles peuvent faire ça pour eux-mêmes, et ils peuvent donc aider les autres à le faire aussi…
Voilà, voilà.
C’était un peu long, sorry but not sorry…
Photo de Christophe Van der waals sur Unsplash


