Le jour où j’ai compris le syndrome de Stockholm

Je n’étais pas la victime mais le bourreau

Ou pourquoi il y a de l’Amour même dans la violence…

[Juste pour info avec un grand raccourci : le syndrome de Stockholm est le nom que l’on donne lorsque les victimes s’attachent à leur bourreau. Elles peuvent même aller jusqu’à les défendre.]

Ça commence plutôt sérieusement aujourd’hui. On parle pas mal de maltraitance animale en ce moment. Moi j’ai choisi de parler de maltraitance végétale. J’ai découvert la maltraitance végétale en travaillant dans les vignes. Je ne dis pas que tous les vignobles/vignerons/viticulteurs maltraitent les végétaux. Je n’ai pas été les voir. Je ne sais pas ce qu’ils font. Je parle simplement de mon expérience. Expérience qui a consisté à plier des branches pour les enrouler autour d’un fil de fer tendu entre des poteaux. Environ 300 branches par jour, c’était mon rendement. D’autres font sans doute plus. Auparavant, chaque pied a été ratiboisé et on ne lui a laissé en général qu’une unique branche. Cette branche on la tord et on la plie. Et là c’est craquement sur craquement, l’écorce se fend, à plusieurs endroits. C’est la porte ouverte aux maladies, mais en même temps, avec toutes les branches qui ont été taillées sur ce pauvre pied torturé, les portes ouvertes pour les champignons ce n’est pas ce qui manque. Parfois le bois se vrille et s’ouvre… la sève va couler. Quand c’est le cas, c’est que je n’ai pas su faire ma tâche correctement, mais qu’est-ce qui est vraiment correct envers cette plante ?

Les pieds de vigne ne peuvent pas crier. Mais ils craquent et leur écorce se fend. J’entends déjà des personnes dire que les plantes ne ressentent pas la douleur et qu’elles ne peuvent pas s’exprimer. Après cette expérience, j’ai un vrai gros doute là-dessus. Les craquements sont des bruits sinistres. Je les ai vraiment pris comme un moyen de s’exprimer pour la plante. Et ils ne sont pas associés à quelque chose de joyeux ou de léger. Ces craquements n’étaient pas des signaux agréables pour moi. Alors pour essayer de limiter leur douleur, je leur donnais de l’amour à ma façon. Je leur parlais, je les traitais avec respect (lol), comme si c’étaient des êtres vivants (relol). Je me disais que je pouvais toujours partir et abandonner ce travail, qui n’était manifestement pas du tout fait pour moi. Mais je me disais alors que quelqu’un d’autre le ferait à ma place, et cette personne les traiterait peut-être encore moins bien (si c’est possible…)

Et c’est là que j’ai compris. Tout est amour. On peut plier des branches avec amour. C’était exactement ce que j’étais en train de faire. C’est pourtant un acte de cruauté envers la plante. On peut faire l’acte le plus cruel et violent possible, ça peut tout simplement être de l’amour. Peut-être mal exprimé, certes, ou dans le mauvais contexte. J’étais un bourreau qui aimait ses victimes, qui essayait de les chouchouter. Alors pourquoi mes victimes ne m’auraient-elles pas rendu cet amour ? C’est ça le syndrome de Stockholm. Certaines plantes se laissaient plier gentiment. Et de toutes les branches que j’ai pliées, avec amour, je suis sûre que certaines plantes m’ont rendu cet amour.

Je ne dis pas qu’on doit forcément aimer son bourreau. Des pieds de vignes se sont rebiffés, ils m’ont donné un coup, ou m’ont fouettée ou piquée. J’ai accueilli leur réaction avec respect, et une certaine joie d’obtenir une réponse violente de leur part. Même les plantes ont du caractère. C’est pas génial ça ? D’autres ont cassé, ils ont préféré se sacrifier plutôt que de se laisser manipuler contre leur volonté. Depuis quelques lignes je ne parle que de rapport humain/plante. Est-ce que vous voyez comme moi une analogie avec les rapports humains/animaux et humains/humains ?

J’ai été le bourreau de pieds de vigne pendant deux semaines. Ensuite je n’y suis pas retournée, car je n’avais plus envie d’être un bourreau, même en étant un bourreau avec les meilleurs intentions du monde et pleines d’amour envers ces plantes maltraitées. J’ai pris mes responsabilités et je suis partie. C’est moi qui suis responsable de tous mes actes, même ceux dictés par un patron. Rien ne m’oblige à rester et à faire ce qu’il me demande si j’estime que ce n’est pas juste pour moi.

Tout ça pour dire que nous pourrions arrêter de juger les victimes ET les bourreaux. Nous sommes tous victimes un jour, bourreaux le lendemain. Le tout est de s’en rendre compte et de s’en détacher. De se rapprocher petit à petit de ce qui va dans le sens de notre âme, du Beau et du Vrai. Nous sommes tous responsables de nos propres actes.

Parce qu’en pliant toutes ces branches, ce sont des parties de moi que j’ai pliées, tordues, vrillées dans tous les sens. Certaines cassées, d’autres franchement abimées, toutes. En pliant ces branches, je me faisais du mal à moi-même. En étant bourreau envers autrui, on est bourreau envers soi-même avant tout.

Je tiens quand même à préciser que je n’ai pas spécialement d’avis sur les gens qui plient des branches, scient des vaches ou encore découpent des gens.  Chacun fait ce qu’il peut à chaque instant avec les moyens physiques, mentaux et émotionnels qu’il a à sa disposition. En fait je suis juste heureuse de faire des expériences et à chacune d’entre elles, je sais plus précisément ce vers quoi j’ai envie d’aller. Ce qui me ressemble et ce qui ne me ressemble pas. Ce que j’ai envie d’être et ce que je n’ai pas envie d’être. Je remercie toutes ces expériences pour me permettre de mieux me connaître. Ok, j’en chie au passage bien sûr, des fois je ne remercie que longtemps après. Seulement une fois que j’ai bien digéré. Mais plus les expériences s’accumulent, plus je vois rapidement la perfection de cette œuvre parfaite qu’est la vie. Et j’éprouve une immense gratitude pour tout ça.

Tout est merveilleux. Mais ça, ce sera le sujet d’un prochain article… A suivre !

En attendant, si tu ne t’es pas encore inscrite à ma newsletter, tu peux le faire : tu reçois mes articles directement quand ils sortent et en plus je t’offre mon guide gratuit pour savoir pourquoi t’émerveiller 5 secondes par jour peut radicalement changer ta vie : clique ici !

— Pour en savoir plus sur l’auteur de cette article, c’est à dire moi : c’est par là 🙂

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.